Quels sont les impacts environnementaux concrets de la viticulture raisonnée ?
Réduction (relative) des pesticides et intrants chimiques
Une étude de l’INRAE (2021) observe que :
- Sur le segment « viticulture raisonnée », l’utilisation moyenne de pesticides demeure à un niveau modéré, soit 36 à 40 kg/ha/an (contre parfois >45 kg en conventionnel).
- L’usage du glyphosate est en recul, mais il reste autorisé et utilisé par 47 % des exploitations raisonnées en 2022 (source : INRAE).
Bien sûr, cela représente une baisse non négligeable de la pression chimique, mais les résidus de phytosanitaires peuvent encore être présents dans les sols, l’air ou les eaux de ruissellement, notamment après des périodes de forte pluie.
Biodiversité : un équilibre fragile
La présence de couverts végétaux, haies, nichoirs ou bandes fleuries est souvent encouragée. Malheureusement, les exigences ne sont pas aussi strictes que dans les démarches en bio ou biodynamie.
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Une étude Protéger la biodiversité (WWF, 2023) indique que la diversité florale et faunique dans les vignes raisonnées est 20 % supérieure à celle observée en viticulture conventionnelle, mais demeure inférieure à celle des parcelles bio.
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Or, ce gain de biodiversité dépend largement de la bonne volonté du vigneron.
La mise en place d’écosystèmes riches favorise la régulation naturelle des ravageurs et limite l'érosion des sols. Mais les résultats restent variables car, contrairement au bio, la couverture végétale n’est pas systématisée.
Gestion de l’eau et impact sur les ressources hydriques
L’irrigation reste rare en France métropolitaine, mais les traitements et engrais chimiques génèrent des risques de pollution diffuse des nappes phréatiques. Selon un rapport du ministère de la Transition Écologique (2022) :
- La viticulture est responsable de 3,8 % des prélèvements d’eau agricoles.
- Elle contribue à près de 13 % de la pollution de l’eau par les phytosanitaires agricoles dans les grandes régions viticoles.
Même en viticulture raisonnée, certains fongicides utilisés présentent une toxicité persistante pour la vie aquatique – soulignant la nécessité d’affiner les pratiques de gestion de l’eau et des traitements.
Sols, érosion et carbone : quelles marges d’amélioration ?
Le sol est le grand oublié des systèmes raisonnées : le désherbage chimique est parfois maintenu sous le rang, ce qui limite le développement de la microfaune souterraine et accélère l’érosion.
- Une étude INRAE/Chaire AgroParisTech (2023) souligne que les sols en viticulture raisonnée stockent en moyenne 20 % de carbone en moins qu’un sol de vigne travaillée en bio, principalement à cause des pratiques de désherbage et du faible recours aux couverts végétaux pérennes.
- Le tassement des sols lié au passage répété du matériel agricole reste une problématique persistante.
L’enherbement temporaire ou permanent, recommandé dans certaines chartes, pourrait considérablement améliorer le stockage de carbone et la lutte contre l’érosion, mais il est encore sous-exploité (ITAB).